Conséquences sur le corps

Le corset,  connu antérieurement sous la forme du corps piqué, existe depuis des siècles et les problèmes qu’il pouvait engendrer ont été découverts dès le XVIe siècle. En effet Ambroise Paré, qui était le médecin d’Henri II, Charles IX et Henri III découvrit en disséquant un cadavre de femme que les os de la cage thoracique se chevauchaient. Il est l’un des premiers à faire un rapprochement entre un port de corset trop serré et des lésions, voire une déformation du squelette.
Même si certains parallèles ont déjà été fait entre corset et déformation, c’est surtout à partir du XIXe siècle que sont publiés des traités au sujet des effets néfastes de cet accessoire.

Déformation du buste:

En 1900, Madame Inès Gaches-Sarraute, corsetière ayant un degré de médecine publie Le corset, étude physiologique et pratique. Dans cet ouvrage, elle veut démontrer les conséquences dramatiques sur le corps que le corset peut avoir. Elle veut rallier à sa cause les femmes médecins de l’époque, et est l’un des premières à proposer de créer des corsets adaptés aux femmes et qui ne mettraient pas en péril leur santé :

«On doit […]s’inspirer des connaissances qu’on possède, de l’expérience acquise, pour varier à l’infini les formes du corset et modeler celui-ci sur les formes humaines, qui ne sont jamais semblables d’un sujet à l’autre .Si l’on tient compte de notre structure osseuse, du rôle des os vis-à-vis de nos viscères, rôle qui est défini par leur position, leur direction et les conditions de leurs articulations; si, d’autre part, on connaît les organes que ces os recouvrent ou enferment dans leur cavité, ainsi que les fonctions de ces organes et les conditions d’intégrité de ces fonctions en vue de l’équilibre nutritif et de la santé, il devient possible d’établir des règles générales pour la confection d’un corset, règles soumises cependant à de nombreuses exceptions»
Elle propose notamment une étude comparant un buste de femme normal et celui d’une femme corsetée.

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Un buste de femme normal, Le corset, étude physiologique et pratique Gaches-Sarraute

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Un buste de femme corsetée, selon Gaches-Sarraute

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Une femme portant un corset Gaches-Sarraute

Elle propose son corset en détaillant ses caractéristiques : il s’agirait d’un corset en deux parties. La première est utilisée pour soutenir le ventre. Elle épouse les formes de la femme et fait en sorte que l’os iliaque supporte tout l’effort de l’appareil. La deuxième partie, correspond à la partie de la taille au haut du corps, il n’écrase pas les viscères et contrairement aux corsets de l’époque, ne s’appuie pas sur le thorax. Il laisse à la femme l’espace nécessaire pendant les heures de repas, et ne contredit pas les fonctions digestives et respiratoires.

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Formes des corsets en 1900

Cette image illustre nos propos précédents : les corsets de l’époque s’appuyaient sur le thorax et laissaient libres l’espace sous-ombilical : les organes digestifs étaient déplacés et la cage thoracique compressée.
Le corset de Mme Gâche-Sarraute, appelé corset « droit devant », présentait cependant des effets néfastes. En effet, elle voulait que son corset libère le buste en le soutenant plutôt que de le serrer. Mais en raison de la très grande rigidité du busc, il était possible de faire des plus grandes réductions de taille qu’avec le corset sablier de l’époque. Il donna la forme très cambrée avec les hanches rejetées en arrière de le Belle-Epoque. Quand il était fortement lacé, il exerçait une pression sur l’abdomen avec un dos très cambré et créa des problèmes de genou, de respiration et lombalgies.

Mais la corsetière n’est pas la seule à défendre le fait que le port du corset est dangereux, le Docteur O’Followell publie en 1908 un ouvrage intitulé :  » Le Corset, histoire, médecine, hygiène, étude médicale ». Il étudie dans son deuxième chapitre l’influence du corset sur les fonctions respiratoires. La respiration met en jeu les poumons et le diaphragme. Lors de l’inspiration, les poumons se remplissent d’air en se distendant et il leur faut plus d’espace qu’il n’en avait avant. Les côtes se soulevant, la cage thoracique s’agrandit dans son diamètre antéro-postérieur et transversal. Le diaphragme agrandit le diamètre vertical. En effet, ce muscle s’abaisse en même temps que les côtes se soulèvent. L’espace que peuvent occuper les poumons se trouvent donc agrandi sur les trois dimensions. A l’inspiration suit l’expiration qui reproduit le phénomène inverse. Le corset entourant la poitrine et étant très rigide, entrave donc la respiration puisqu’il ne permet pas la même expansion thoracique que sur un sujet normal. Il entreprend alors une étude en mesurant la capacité respiratoire de plusieurs sujets, avec et sans corset serré. Dans 50% des cas, la fonction respiratoire avec corset est inférieure à celle sans corset. Mais le corset, gênant les fonctions respiratoires, va également toucher la circulation du sang, celle-ci étant étroitement liée à la respiration.
Il étudie ensuite l’influence du corset sur l’appareil digestif. Il commence par détailler le foie, celui-ci n’est pas un organe fixe. Il est en contact directe avec le diaphragme et s’abaisse en même temps que lui pendant l’inspiration. Il est donc déplacé par le corset comme l’est le diaphragme. Il est également endommagé car comprimé par les côtes. De nombreuses autopsies sur des femmes ont montré des sillons sur le foie dus à l’empreinte des côtes. Selon ses études et ses recherches, la rate se trouve elle aussi compressée ou déformée. Les reins puis l’estomac et l’intestin se trouvent alors déformés à leur tour. En effet, lorsqu’un organe est déplacé, les organes voisins le sont aussi, c’est donc tout le système digestif qui subit des déformations et des déplacements vers le bas (voir Fig.8). Ce phénomène s’appelle l’entéroptôse. Les viscères appuient donc à leur tour sur la vessie et l’utérus et entrainent des déformations. Les organes génitaux se retrouvent donc plus bas que chez une femme sans corset, et cela compliquerait les grossesses. Le corset serait notamment à l’origine des fausses couches puisque l’utérus se retrouve poussé vers le bas et compressé.

Le corset était donc un accessoire féminin considéré indispensable à l’époque, et fut porté pendant plusieurs siècles. Mais son port excessif pouvait engendrer déformations du corps et malheureusement atteinte au bien-être de la femme.

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